28 mars 2017

Alain Denault : De quoi Total est-elle la somme?

Alain Denault se trouvait aujourd'hui au micro Plus on est de fous plus on lit. Dans son plus récent essai, De quoi Total est-elle la somme? (Écosociété), le philosophe pose la question des rapports des multinationales au droit. Le cas de la société française Total aux actionnaires apatrides parmi lesquels se trouve la famille de Paul Desmarais constitue un cas d'école pour comprendre le sens de la légalité de vitrine des multinationales en général et comment s'exprime chez elles l'énoncé hypocrite suivant : Nous ne faisons pas de politique. !!!

La réalité est plutôt que les entreprises pétrolières (de nos jours largement diversifiées en produits financiers, agroalimentaires, informatiques...) font la pluie et le beau temps avec les États reconvertis en certains cas en enveloppes juridiques cousues-main en fonction des  intérêts tentaculaires, oligopolistiques de ces structures massives de pouvoir qui surplombent par la corruption, la peur, le chantage économique, les accointances politiques... les États contitués.

Total est puissante aussi au Canada. Elle est engagée dans l'exploitation des sales sables bitumineux, plus sales que le charbon de l'affreux Président Trump! Les accointances prennent ainsi ce drôle de chemin : la Caisse de dépôt, le bas de laine des Québécois, dirigée par un ami de la famille Desmarais, a investi dans les infrastructures du pétrole sale 5.4 milliards de l'argent des contribuables,  soit 14 % du portefeuille. Or ce pétrole n'est exportable en Amérique du Nord que si l'on creuse des pipelines. D'où la vive contestation au Quebec du projet d'Énergie Est.

À la suite de l'engagement du Canada sur le climat signé à Paris l'an dernier, si le gouvernement libéral de Justin Trudeau était rigoureux, nous laisserions dans les sables 85 % du pétrole qui s'y trouve. Mais nous ne sommes pas rigoureux, déplore en substance avec raison et avec urgence Alain Denault.

À partir de 13 h 24 :
http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit

18 mars 2017

Faudrait!

Se chanter la pomme dans les actes perlocutoires du langage. Quand dire, c'est faire pour reprendre Austin. Ou comment se faire des amis ailleurs que dans sa tête. C'est toute une musique! Un beau silo. Quelques aphorismes inoubliables de Nietzsche peuvent aussi aiguiser à jamais le réflexe pragmatique de ne pas toujours prendre pour du cash la cascade d'impératifs, les « il faut » qui journellement viennent gratter à la porte du conscient et s'infiltrent jusque dans la condensation de l'inconscient en déclenchant le piton du Ça qui, pour sa part parentale, professorale, gourousale..., niche de tout son poids sur nos frêles épaules. C'pas drôle. La petite voix intérieure est alors si prestement ancillaire. Socrate : pourquoi nous as-tu abandonnés? 

Graffiti et photo Jacques Desmarais, Béthanie, 13 mars 2017.
Mais des fois, pour le dire comme Martin Léon dans Moon Grill, c'est ça qui yé ça. J'ajoute cependant que le plus dérouté, et donc le plus encourageant en la matière du « comment ne pas marcher tout croche » demeure, « dans mon livre à moi », le Faudrait de Réjean Ducharme chanté par Pauline Julien. « Faudrait que j'arrête de me laisse aller! » 

En passant, c'est juste un petit jeu de crochet qui va fondre comme neige au soleil. 


Ou encore : Il suffirait de presque rien...

All right!






La chambre natale

Sur le rebord de la fenêtre 
de la chambre natale,
soc de charrue
et petite vache.

Photo Jacques Desmarais, cambrousse, 5 mars 2017.

Michaël La Chance : tenir à la poésie


C'est un magnifique recueil de silences jaillissants qui tourmentent l'éphémère en contre-point, parfois jusqu'aux parages de la Baie Éternité. À la page 66, une photographie montre une pierre blanche dans un jardin broussailleux, au bord d'un étang, me semble-t-il. On arrive à peine à distinguer le flou des mots de Dylan Thomas qui y sont inscrits, mais bien sûr l'auteur nous les redonne à lire en français. Je les citerai à mon tour. Mais d'abord je tiens à prendre comme témoin à charge d'émotions cette page qui a tout à coup fait rebondir la concrétion de tous ces beaux wall de roches qui traversent mes humbles terres en cambrousse et sur lesquelles roches engrisées rien, rien n'est inscrit sinon le passage du temps à mains d'hommes volontaires, y compris mon père et mes frères faisant du large. Ils ne voulaient pas que la terre se meure.

" Oh j'étais jeune et souple par la grâce de ses pouvoirs
le temps me piégeait, vert et mourant
tandis que je chantais dans mes chaînes comme la mer. "

- Dylan Thomas cité par Michaël La Chance, [mytism] Terre ne se meurt pas, Triptyque, 2009.

17 mars 2017

GND et la trahison des élites politiques

Le numéro de Relations de décembre 2016, c'est bien pour dire, consacrait un dossier complet à « La trahison des élites ». Ah! De quoi mettre en « beau calvaire » quelques valeureux personnages de la scène publique? Mais non.



Sous la plume du professeur Claude Vaillancourt (Attac Québec, auteur de L'âge économique), on peut lire notamment ceci - je le souligne au carré rouge - : 

« Le type de pouvoir qui s'est installé depuis une trentaine d'années s'est consolidé avec fermeté, mais sans autoritarisme menaçant, se renforçant et se perpétuant en douceur, tout en faisant de très nombreuses victimes. Avec ou sans l'appui des clercs (l'auteur vise ici les économistes néoclassiques, les think tanks conservateurs toujours bien primes pour conseiller le gouvernement, certains chroniqueurs et éditorialistes, etc.), la classe financière et la classe politique ont tissé des liens si étroits et si profonds que leurs intérêts communs sont devenus interreliés, au point où ils n'ont pas besoin de comploter pour prendre des décisions les favorisant naturellement. À leurs yeux, les résultats de leurs politiques n'ont [...] pas à être démontrés tant il irait de soi qu'elles sont les meilleures pour tous. " 

Arrive rien que sur une go le jeune Gabriel Nadeau-Dubois qui exprime en ses mots la même lecture et s'en dit déçu, oh! non, non non, là! Pas ça! Pas lui le mal poli! Grand Dieu! 

C'est bien juste pour dire que la cartographie à faire du pouvoir réel au Québec et au Canada (voir par exemple les travaux du philosophe Alain Denault, notamment son plus récent essai sur la tentaculaire société française Total) n'a peut-être pas fini de bouleverser le jeu de cartes de nos élites qui, dans certains cas, bloquent la marche du Québec vu comme un chantier du bien commun. J'emprunte ici au vocabulaire encore inspirant de René Lévesque, cet "humble serviteur", s'il en fut. 

Là-dessus, allons danser Colinda!

09 mars 2017

La rivière Noire à Roxton Falls


Passant par Roxton Falls. La rivière Noire est bien sûr débâclée avec les pluies de juin qu'on a reçues la semaine passée. Quelques canards hâtifs se reposaient hier sur des débris de chaises longues en glace flottante. Nous ne sommes pas au pays de Vaud ici. Pas de bigarreauliers sur le rivage. Nous sommes classés pour ne pas dire refoulés anachroniquement dans une région « administrative » qui est par ailleurs et par elle-même magnifique de vastes plaines au soleil et de grosses bêtes endormies ici et là comme la montagne magique du mont Saint-Hilaire parfois nimbée de brume et bleu royal à vous couper le souffle le long de l'autoroute Jean-Lesage. Le peintre Ulysse Comtois y captait la lumière au sol si parfaitement nivelé de Sainte-Madeleine. Reste que je suis séparatiste! Mordicus! Acton, Roxton, Ely sont des cantons de part en part et au plus vif de leurs racines et des veines sur leurs bras! Cantons-de-l'Est! Faut-il le crier sur les toits de la mémoire? Il n'y a pas de bigarreauliers au bord de la rivière Noire, mais il y a la persistance têtue malgré son nom commun d'une arbustive basse qui a colonisé les rudes parois rocheuses. Je ne sais pas si ça drageonne beaucoup un cerisier déprimé. Car tel est son nom. On s'en reparlera à la floraison au mois de mai parce qu'il y a toujours " ces mots qui vibrent » pour le rêver comme Moustaki.
Photo Jacques Desmarais, rivière Noire en débâcle, Roxton Falls, 7 mars 2017.



02 mars 2017

Se jeter à l'eau avec Boutès


Une chambre même en sa grande-allée est bien restreinte pour faire écho d'un mot que je n'avais jamais vu avant de le lire sous la plume de Pascal Quignard en sa graphie allemande dans son Boutès et qui, si ma lecture de cet auteur n'est pas trop inadéquate, se révèle être un mot clé pour entendre son œuvre, son Dernier royaume en neuf volumes, son personnage d'Ann Hidden dans Villa Amalia..., comprendre mieux le déclenchement de la fuite viscérale par le chas de la pensée comme flair du corps, le recours profond à la philosophie pour mieux l'abandonner sur les routes de travers lorsque ses porte-flambeaux s'embrouillent dans la trahison du pouvoir, l'aimant fantasmé du pouvoir. (Il y en a eu quelques-uns, dont Heidegger!).
Ce mot, c'est la « Hilflosigkeit », l'état de détresse, ce sentiment de finitude et de solitude humaine, de totale dépendance éprouvée dès les premiers jours par le nouveau-né à la suite de son « amèrissage » dans l'atmosphère. Ce qui implique la radicalité du souffle en formation (psyché en grec, ψυχή, psukhè) pénétrant désormais l'incessant besoin d'amour. Jusqu'au dernier souffle.
Le terme servira à Freud dans son lexique pour définir sa première topique de l'inconscient (http://psycha.ru/…/diction…/laplanche_et_pontalis/voc86.html); puis Lacan pour dégager le terme idéal de l'analyse où le sujet est amené à ne plus se braquer et se mettre en garde contre le désir de l'Autre : « [...] de ce côté-là, note Pierre Ebtinger, l'angoisse peut s'évanouir, laissant à l'attente la possibilité d'une orientation inédite. » (cf. entrée Détresse et attente, http://wapol.org/ornicar/articles/177ebt.htm).
De proche en loin, en une attitude simple que je comprends en regard de la croissance personnelle et que j'emprunte à Denise Noel, c'est en quelque sorte l'accueil de la souffrance, puis surtout, malgré tout, à la suite, l'ajout de « Oui, et... »
Quignard de son côté, et c'est absolument magnifique, joue sur ce qui l'intéresse le plus au monde avec l'écriture : l'appel de la musique. L'appel des voix dans la batture du coeur.
L'attirance des eaux pour la noyade, vous connaissez? C'est effrayant! Mais pas garantie même pour les moroses, pour le dire comme Leclerc, « parce que l'eau réveille ».
Quignard : « Sans la musique certains d'entre nous mourraient. » (Boutès, coll. Lignes fictives, Galilée, 2008, p.25).

Mais juste avant, ce passage sur les braises de la création : « Qui a pensé la détresse originaire? Y a-t-il eu un penseur qui ait approfondi, étape par étape, cette impuissance panique à survivre seul, criant, naissant, soudain débarqué sur la première rive? Y a-t-il eu un penseur qui ait médité dans toute son amplitude, où plutôt à l'intérieur de son désert et de son aridité, la Hilflosigkeit? Oui. Il s'est trouvé un penseur pour penser de fond en comble cet état d'abandon, de solitude, de carence, de faim, de vide, d'extrême menace mortelle soudaine, de nudité, de froid, d'absence de tout secours, de nostalgie radicale, éprouvé par chacun lors de la naissance. Qui? Schubert. »
(Page 24).

Puis, juste après : « Qu'est-ce que la musique? La danse. Or, qu'est-ce que la danse? Le désir de se lever de façon irrépressible. J'approche du secret. Qu'est-ce que la musique originaire? Le désir de se jeter à l'eau. » (p. 25-26).


***













01 mars 2017

Les eaux de ma cambrousse

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 26 février 2017.


Sur un air à venir de samba sucrée, on pourrait dire
c'est un peu comme Les Eaux De Mars :













"Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
un reste de racine, c'est un peu solitaire
C'est un éclat de verre, c'est la vie, le soleil [...]
C'est un tronc qui pourrit, c'est la neige qui fond
Le mystère profond, la promesse de vie..."
- Georges Moustaki